Savoir-Faire

La conservation-restauration

De la technique à la déontologie

Pour restaurer un livre ancien, il est nécessaire de connaître les différentes techniques utilisées au cours des siècles précédents, que ce soit les différents types de coutures, de montages de gardes, de façonnages des coins et des coiffes, de broderies des tranchefiles, ou tout simplement la structure même de la reliure. Cette connaissance technique est alimentée quotidiennement par une observation précise et la tenue d'une base de données dans laquelle je recense et décrit scrupuleusement  les reliures qui me sont confiées. Ce travail est essentiel à la bonne pratique de mon métier car l'histoire de la reliure et de sa technique est bien loin d'avoir été entièrement étudiée. Le relieur, avant le XIXe siècle, était le parent pauvre des artisans du livre et nous n'avons que très peu de documents à leur sujet, et encore moins sur leurs techniques.

 

Également éprouvants sont les métiers de conservateurs et de révolutionnaires car dans les deux cas, la difficulté est de savoir que détruire et que conserver.

Alfred Sauvy 

Chaque reliure est porteuse de "traces" archéologiques qui nous renseignent sur la façon dont elle a été exécutée. Elles nous permettent de lire les gestes des relieurs de l'époque et parfois de remarquer quelques similitudes, ouvrant ainsi la voie à la possible réalisation d'un typologie. Car c'est bien de cela dont il est question ici: dresser une typologie exhaustive qui pourrait nous permettre de différencier ce qui est "conservable" de ce qui est "restaurable". En effet, nous ne pouvons pas tout conserver et encore moins tout restaurer, tous les livres n'étant pas destinés à rejoindre cet immense sanctuaire qu'est le patrimoine. Il nous faut donc nous appuyer sur des éléments de typologie afin d'assurer une sélection critique. C'est pourquoi j'ai choisi de parler de conservation-restauration de livres rares, et non pas de conservation-restauration de livres anciens.

Qu'est ce qu'un livre rare?

Ce n'est pas le caractère ancien d'un livre qui permet de définir s'il est ou non digne d'être sauvegardé. Bien sûr, l'ancienneté fait partie des critères de sélection, mais ils ne sauraient s'y résumer. Il faut tenir compte avant tout de sa rareté et par rareté, j'entends un livre dont il existe peu d'exemplaire. Un livre d'une édition tirée à peu d'exemplaires, un livre avec des dessins originaux, un livre avec une reliure remarquable etc. Ce critère de rareté doit, à mon sens, également s'étendre à une particularité immatérielle qui est celle de l'émotion. C'est en partie pour cette raison que les livres ayant appartenu à des personnalités de l'Histoire sont tellement recherchés. Personne ne peut nier l'émotion qu'il ressent à tenir un livre ayant appartenu à Marie de Médicis ou à Balzac. Cette valeur émotionnelle ajoute un critère qu'il est essentiel de prendre en compte, car il permet d'invoquer une subjectivité qui n'existe pas dans la définition matérielle de la rareté. Ainsi, le livre de votre aïeul peut avoir autant d'importance à vos yeux qu'un exemplaire de la Grande Histoire a pour les libraires ou les institutions. Et c'est précisément cet intérêt en dehors des choix "classiques", éloigné du patrimoine national qui va amener à créer le patrimoine de demain...

Déontologie

Le métier de conservateur-restaurateur est soumis à une déontologie qui offre un cadre aux interventions de restauration sans pour autant édicter de règles pratiques. Elle se compose de notions et de concepts fondamentaux qui servent à nourrir la réflexion des professionnels sur leur métier.   Vous trouverez sur le site du ministère de la culture l'ensemble des organismes et des publications relatifs à la conservation-restauration.

La "chimère" de la réversibilité

La restauration d'un livre ne doit jamais être un acte anodin et doit toujours être menée avec une intention critique. Bien que la déontologie exige la réversibilité des interventions, son application pratique reste toujours problématique (voir La notion de réversibilité en Conservation-Restauration, Morgane Poirier). En effet, lorsqu'un mors d'une reliure est brisé, c'est la fonction même de la reliure qui est entravé. Pour rétablir son intégrité et lui offrir une résistance mécanique, il faut pratiquer une greffe de cuir qui nécessite un élagage dans le cuir ancien. Aussi infime soit-il, cette action n'est pas réversible, et ce même avec l'emploi de colle dite "réversible". Un décollage sera forcément traumatique pour la partie du cuir ancien en contact avec de la colle. C'est pourquoi la restauration doit être effectuée avec la plus grande rigueur, car toute intervention est fondamentalement irréversible. Il en est de même pour le nettoyage et le cirage des reliures. Ces opérations ne doivent pas être érigées en règle et ne doivent s'appliquer qu'au cas par cas, en fonction de la qualité de chaque type de cuir.

L'emploi de matériaux réversibles ne peut en aucun cas garantir la réversibilité. Mais ce n'est pas parce que la réversibilité est une chimère que nous ne devons plus nous soucier des produits utilisés, bien au contraire! Les progrès réalisés dans le domaine de la chimie permettent désormais aux fabricants de proposer aux restaurateurs des produits de plus en plus performants et adaptés à nos besoins. (A venir, un article consacré au cas de la restauration au papier japonais)

La questions des valeurs

Selon le code d'éthique des conservateurs-restaurateurs européens, "la restauration consiste à intervenir directement sur des biens culturels endommagés ou détériorés dans le but d'en faciliter la lecture tout en respectant autant que possible leur intégrité esthétique,historique et physique". Dans la pratique, il est quasiment impossible de respecter ces valeurs de manière concomitante et c'est au détenteur légal de l'objet que revient finalement le choix final. Autrement dit, c'est au bibliophile, libraire ou institution d'opter soit pour la préservation de l'esthétisme de la reliure, soit pour son intérêt historique ou archéologique, soit pour l'amélioration de sa valeur purement utilitaire. Il est donc de la responsabilité du restaurateur d'éclairer ce choix, à la lumière de ses réflexions et de sa connaissance de l'histoire et des techniques anciennes, afin de ne pas priver les futurs générations d'importants éléments d'histoire.

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