Une brève histoire de la Conservation-Restauration

La conservation-restauration est un discipline relativement jeune, dont on peut faire remonter l'histoire au XIXe siècle avec Viollet-le-Duc pour qui "restaurer un édifice, ce n'est pas l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné" ¹ . C'est pour ôter toute idée d'interventionnisme créatif que le terme conservation va peu à peu remplacer celui de restauration et ainsi mettre en avant les valeurs d'authenticité et de fidélité qui vont devenir les maîtres mots de toutes les politiques de conservation patrimoniale. Cet attachement à l'authenticité, relayée par les romantiques et notamment le célèbre critique d'art britannique John Ruskin, va cependant conduire à une attitude diamétralement opposée, qui est celle de la non-restauration, justifiée par la valeur historique accordée aux traces du temps: l'état de ruine ou de délabrement.

Le recours aux sciences historiques (archéologie, paléographie etc.) avec Camillio Boito, Aloïs Riegl et Cesare Brandi, orienta la restauration vers un modèle philologique et critique, "transformant les monuments hérités du passé en documents exploitables par les historiens" ² .


Boito fut l'un des premiers théoriciens à proposer une synthèse des idées de Ruskin et Viollet-le-Duc qui l'amena à établir des principes encore acceptés aujourd'hui. Pour lui, les restaurations doivent être visibles et non dissimulés, soit en utilisant un matériau différent, soit en adoptant un style qui ne serait pas une imitation de l'ancien. Cette méthode philologique fût appliquée à la lettre et sans aucun compromis par de nombreux restaurateur qui, au nom de la sacro-sainte "honnêteté historique", privèrent bon nombre d’œuvre d'art de leur lisibilité d'origine.


Après la Seconde Guerre Mondiale, le bien culturel n'est plus seulement transmis, mais devient un objet d'étude grâce aux évolutions scientifiques et techniques. Apparaissent alors les premiers laboratoires de recherches et centres d'études dédiés à la conservation et restaurations des biens culturels. Le but principal de la restauration est alors la conservation, "tout autre objectif [...] ne peut avoir qu’un caractère secondaire et accessoire » ³ .


En s'appuyant sur ses prédécesseurs , l'historien d'art Cesare Brandi, définit comme but de la restauration le rétablissement de l'unité potentielle de l’œuvre. Il prendra pour guide deux valeurs: la valeur historique et la valeur esthétique en refusant toute tentative de faux. Il affirme la nécessité de réintégrer les lacunes en ayant au besoin recours à une patine artificielle, le tout, sans commettre de faux : il propose une invisibilité de la retouche à la distance où l’on regarde l’œuvre, en même temps que sa perceptibilité.


Paul Philippot précisera encore davantage le minimum de Brandi en incluant la notion d'emplacement et de taille de la lacune. Il prônera sans cesse la limitation du geste, notamment celui du "nettoyage", qui devenant presque un automatisme, se soustrait à l'autorité de la critique raisonnée.


Cet aperçu historique de l'évolution du concept de restauration, s'il n'est pas spécifique au livre, permet néanmoins de comprendre la situation générale actuelle dans laquelle se trouve la conservation-restauration: à défaut de modèle, le restaurateur doit s'appliquer dans sa pratique quotidienne à veiller au maintien d'une intention critique afin de préserver au mieux l'objet qu'il restaure.


¹ Viollet-le-Duc Eugène, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, t.8, Paris, 1875, p.14.

² Leveau Pierre, "Restauration et traduction: une question de philosophie", CeROArt, n°6, 2011, https://journals.openedition.org/ceroart/2088 .

³ Fedorovsky Adrien, La conservation et la restauration des objets ethnographiques, Paris : Vernière éditeur, [1936], p. 10.

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